Nouvelle
loi bancaire
Ça
bouge déjà dans le microcrédit
L'activité
du microcrédit est régie par la loi 18/97. Cependant,
des dispositions du projet de loi bancaire relatives aux volets comptable
et prudentiel, seront applicables aux associations, sous réserve
des conditions spécifiques qui seront édictées
par arrêtés du ministre des Finances et après avis
du Comité des établissements de crédit.
En outre, l'article 56 du projet de loi bancaire précise que
dans le cas des associations de microcrédit, les résultats
des contrôles seront transmis au Comité de suivi visé
à l'article 14 de la loi n°18-97 relative au microcrédit.
C'est à ce comité que revient donc la prise de décision
finale. Dans l'immédiat, il faudra doter le secteur d'un plan
comptable spécifique.
Le chantier est déjà engagé par une commission
constituée de représentants des intervenants financiers,
experts-comptables sous la houlette du ministère des Finances.
«Après l'élaboration du plan comptable, il sera
alors aisé d'arrêter les ratios prudentiels», explique
Mustapha Bidouj, secrétaire général de la Fondation
Banque Populaire pour le microcrédit et membre du Conseil consultatif
de microcrédit chargé de la régulation de l'activité
et de son développement.
En cinq ans, l'application de la loi 18/97 a permis l'éclosion
du micro- crédit à l'échelle nationale. Selon les
données de la Fondation Banque Populaire, le secteur compte aujourd'hui
12 associations ayant distribué au total 1,1 milliard de DH sous
forme de prêts, à fin décembre 2003.
Elles détiennent un portefeuille de 300.000 clients actifs dont
70% de femmes et gèrent un encours total de près de 500
millions de DH. Le taux de remboursement laisse rêveur, avec plus
de 99% pour l'ensemble du secteur! A noter également l'impact
positif de cette activité sur la création d'emplois durables.
Ces associations comptent un effectif global de 1.200 personnes.
Parmi les chantiers de la Fédération du microcrédit,
la diversification des produits de financement. Hormis les activités
génératrices de revenus, les associations seront bientôt
autorisées à financer le logement.
Elles n'attendent plus que la publication de l'amendement au Bulletin
Officiel. Elles ambitionnent également de financer dans le milieu
rural notamment, la santé, la scolarité des enfants et
l'électricité photovoltaïque.
Cependant, la loi est jugée aujourd'hui restrictive, sur le plan
réglementaire. Ainsi, les associations ne sont pas autorisées
à collecter de l'épargne alors que le taux de bancarisation
de la population défavorisée reste très faible.
De plus, la collecte de ces fonds peut améliorer la force de
frappe des structures spécialisées dans le microcrédit
et augmenter le nombre de bénéficiaires. «Or, nous
envisageons d'atteindre 1 million de clients actifs en 2005 et porter
l'encours à 2,5 milliards de DH», ajoute Mustafa Bidouj.
Pour y arriver, il faudra d'abord mettre en place un système
de refinancement adéquat, en créant notamment un fonds
de garantie. Il faudra également réviser les contraintes
de rentabilité prévues par la loi.
Celle-ci impose en effet aux associations un délai de 5 ans pour
assurer la pérennité de leur activité (c'est-à-dire
l'autonomie financière et fonctionnelle). «Cette contrainte
constitue un véritable danger car elle pousse ces structures
à s'éloigner du champ socioéconomique dans lequel
elles se positionnaient pour éradiquer la pauvreté et
à devenir des sociétés de financement à
part entière», relève le secrétaire général
de la Fondation Banque Populaire.
Le moment est jugé propice par la fédération pour
lancer une étude d'impact du microcrédit. Les termes de
référence seront arrêtés fin février.
L'étude sera menée par un cabinet international et les
résultats rendus publics en mai prochain.
"Hormis
les activités génératrices de revenus, les associations
seront bientôt autorisées à financer le logement"
Nouvelle loi bancaire: Les détails du projet
· Le champ d'application est étendu à tous les
services financiers
·
La CDG, la CCG, la CEN, le microcrédit et les banques off shore
sont concernés
·
Bank Al-Maghrib assurera le contrôle comptable et prudentiel
Le
projet de la nouvelle loi bancaire sera discuté lors de la session
parlementaire du printemps. Son adoption marquera un nouveau tournant
du système financier. Mais son application s'effectuera de manière
progressive, probablement sur plusieurs mois. Au préalable, Bank
Al-Maghrib aura à diffuser plusieurs circulaires d'application.
De même, des arrêtés du ministère des Finances
viendront préciser les modalités d'extension de la nouvelle
loi.
Le principe majeur qui se dégage du projet de texte est que tous
les organismes de services financiers doivent être placés
sous la même autorité de contrôle et de supervision.
Compte tenu de l'interdépendance croissante de ces activités,
l'autorité de contrôle ne peut plus donc être compartimentée.
D'ailleurs, le projet de loi prévoit la création d'un
comité de coordination des organes de supervision du secteur
financier pour harmoniser leurs actions et faciliter l'échange
d'informations. Il est constitué de représentants de Bank
Al-Maghrib, de l'administration chargée du contrôle des
sociétés d'assurance et de réassurance et du Conseil
déontologique des valeurs mobilières (CDVM). Pour les
analystes, ce comité pourrait à terme se transformer en
une autorité unique du marché financier.
Dans l'immédiat, la véritable innovation introduite par
le texte réside dans le renforcement du rôle de Bank Al-Maghrib,
notamment en matière de contrôle et de suivi. Ce qui nécessitera
une réorganisation interne de l'Institut d'émission avec,
à la clé, des recrutements de compétences capables
de gérer et de traiter les nouveaux flux d'informations.
Ce projet de texte introduit donc des dispositions qui visent, entre
autres, à combler les carences en matière de contrôle
et de supervision bancaire. Pour rappel, le FMI et la Banque Mondiale
avaient initié une mission conjointe en février 2002 pour
s'enquérir de l'état de santé du système
financier marocain. Les experts avaient relevé des lacunes dont
certaines ont été comblées par des circulaires
(créances en souffrance et provisionnement, agrément des
auditeurs externes, blanchiment d'argent…). Le projet de loi promet
de faire le reste. Pour être au diapason, les banques seront tenues
de moderniser leur système de gestion du risque et de s'adapter
aux nouvelles règles de transparence.
Par ailleurs, le champ d'application de la loi est, pour la première
fois, élargi à des structures comme la Caisse centrale
de garantie (CCG), la Caisse de dépôts et de gestion (CDG)
et la Caisse d'épargne nationale (CEN). Celles-ci seront, avec
les associations de microcrédit et les banques off shore, placées
dans le giron de la réglementation bancaire, notamment sur les
plans prudentiel et comptable. Cette extension nécessite toutefois
plusieurs adaptations du texte de loi, en fonction des spécificités
de chaque activité. Reste à déterminer le rythme
respectif d'intégration de ces institutions.
A préciser que la mise en conformité de la CDG, un des
principaux acteurs du marché financier, avec les règles
prudentielles et comptables du secteur bancaire ne pose pas de problème.
La Caisse est déjà engagée dans ce sens, à
en croire son top management. Quant à la CCG, dont l'activité
est concentrée sur les engagements par signature, elle ne présente
pas non plus de difficultés. En revanche, la Caisse d'épargne
nationale devra fournir un gros effort au niveau de son organisation
interne, pour répondre aux exigences de la loi bancaire notamment
en termes de reporting comptable.
Au-delà de cet aspect technique, c'est toute la stratégie
de la CEN qui doit être repensée par le gouvernement. Il
est question de transformer cette structure dotée d'un réseau
de 1.300 agences, en banque postale. Ce qui en ferait un outil de bancarisation
et de mobilisation de la petite épargne. Le rythme d'intégration
à la loi bancaire, dépendra donc de l'état d'avancement
de ce chantier.
Pour leur part, les banques off shore devraient se plier à la
nouvelle réglementation de façon naturelle puisque la
plupart d'entre elles sont des filiales de banques marocaines.
Concernant les associations de microcrédit, là aussi,
des aménagements seront nécessaires. En fait, cette activité
est régie par la loi 18/97 qui prévoit le contrôle
par le ministère des Finances (articles 4 et 14). L'abrogation
de ces deux articles est nécessaire puisque le contrôle
relèvera de la compétence de la banque centrale. Les résultats
de ce contrôle effectué par la nouvelle autorité
seront alors soumis au Comité de suivi prévu par la loi
sur le microcrédit. Ce dernier est seul habilité à
prendre les décisions adéquates. De même, il faudra
réaménager le plan comptable des associations de microcrédit
et par la suite, définir le mode d'application des règles
prudentielles. Concrètement, l'application du ratio de division
du risque ne pose pas de problème vu la dispersion des engagements.
Reste à déterminer le mode d'application du ratio de solvabilité.
Autant dire que l'entrée en vigueur de la nouvelle loi bancaire
nécessitera un lourd travail d'adaptation de chaque type de métier.
M.
K.