PRESSE
L'Economiste
 
28/05/04

Microfinance: «L’antichambre de la bancarisation»

· C’est ainsi que la perçoit Othmane Benjelloun

· Une journée d’étude a permis d’identifier des pistes de partenariat entre la finance et la microfinance

· Objectif: arriver à financer 700.000 clients d’ici 2010

Où trouver les 4,5 milliards de DH afin de financer les prochains 700.000
clients de la microfinance d’ici la fin de la décennie en cours? C’est une des questions qui a retenu l’attention des participants à la journée de la microfinance. Coorganisée par la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM) et Planet Finance (www.leconomiste.com), le jeudi 27 mai, cette manifestation a vu la participation d’une frange importante du microcosme financier national, des intervenants du secteur nationaux et internationaux et des bailleurs de fonds venus de différents horizons.
Objectif: tenter de trouver des solutions aux nombreux obstacles qui entravent le développement de cette activité qui a pris, au niveau national, un bon essor ces derniers temps. D’ailleurs, aujourd’hui l’expérience marocaine est en passe de devenir une référence dans les pays du pourtour méditerranéen, ainsi que le précise Rida Lamrini, président de la Fnam. Le Maroc étant le premier pays à avoir mis en place une loi qui encadre et organise le secteur. Difficulté d’accès au financement, répartition inégale des octrois de crédit... les problèmes de fonds sont nombreux et demandent la participation de tous les intervenants.
Plusieurs niches de croissance ont été examinées lors de cette journée. Il s’agit en premier lieu de couvrir les demandes du monde rural, servir la PME et traiter les besoins non satisfaits des ménages. Et cela, à travers notamment une offre de services financiers d’épargne tels que les assurances et la retraite. Toutefois, pour aboutir à une bonne exploitation de ces débouchés, une mise à niveau des structures est nécessaire. Cela pourrait s’effectuer en renforçant les capacités existantes, l’établissement d’un code de déontologie, le développement d’une centrale des risques et enfin le traitement de la compensation des crédits.
Cette mise à niveau implique aussi l’amélioration des compétences des ressources humaines ainsi que la mise en harmonie des dispositions réglementaires. Les opérateurs souhaitent en fait bénéficier d’un statut avancé tel que celui des banques, pour accéder aux ressources des marchés de capitaux. C’est ce qu’ils appellent «l’intégration financière».
L’expérience internationale a d’ailleurs prouvé que les chances de succès de la microfinance sont plus élevées lorsqu’elle est présentée comme une activité bancaire professionnelle qui dispose de ressources importantes et d’une perspective à long terme.
La Fnam préconise d’accéder au refinancement auprès des institutions financières et bénéficier ainsi de garanties partielles et de prêts pour encourager les banques locales à constituer des lignes supplémentaires.
Par étape, le principe est d’abord de faciliter l’accès de ses membres aux lignes de crédit bancaires, mobiliser ensuite l’épargne des microentrepreneurs, financer des dettes par les marchés de capitaux et enfin lever des fonds sur la Bourse en s’y introduisant. Cette intégration financière est selon les professionnels le seul moyen de satisfaire les exigences de croissance du secteur, en lui permettant une gestion maîtrisée des risques financiers et de contrepartie, et une amélioration de ses fonds propres.
Le secteur financier marocain est d’ailleurs conscient du rôle que peut jouer la microfinance non seulement dans la lutte contre la pauvreté mais aussi dans la transition des activités informelles vers le formel, de la microentreprise vers la toute petite entreprise… «En définitive, il s’agit de l’antichambre de la bancarisation», comme l’a si bien indiqué Othmane Benjelloun, président du GPBM. Il a également tenu à préciser que la plupart des banques marocaines ont déjà soutenu le secteur en accordant des crédits, parfois à des taux bonifiés, aux associations qui présentent «un risque moindre».
Toutefois, et en bon banquier qui se respecte, Benjelloun a mis en garde contre toute forme d’»angélisme». «Soyons clairs, les banques ne peuvent financer seules la croissance importante escomptée du secteur et en supporter les risques, d’autant que les règles prudentielles, auxquelles elles sont soumises, sont de plus en plus rigoureuses», ajoute-t-il. D’où l’intérêt, pour lui, d’instituer des mécanismes d’intermédiation entre l’institution de microfinance d’une part et le financier d’autre part. Il existe d’ailleurs des success stories dans ce domaine en Amérique latine et en Asie.

Fédoua TOUNASSI