PRESSE
Le Matin
 
Jeudi 19 Fevrier 2004


650.000 micro-crédits en 2003


Beaucoup reste à faire


Les micro-crédits étant un outil efficace pour lutter contre la pauvreté en permettant à une bonne partie de la population d'acquérir ses besoins et de réaliser de petits projets, le gouvernement a mené une réflexion pour amender la loi 18-97 concernant les micro-crédits afin qu'ils couvrent le financement d'habitat social, de l'électrification et l'installation d'équipements pour se procurer de l'eau potable.

Lors de la session parlementaire précédente, cette loi a été amendée en soulignant, dans son deuxième article, qu'un micro-crédit est tout prêt ayant pour objectif d'aider des individus dans une situation précaire en vue du lancement de projets leur garantissant une meilleure intégration économique et pour se procurer ou construire des habitations ou de les doter d'éléctricité et d'eau potable. Toutefois les micro-crédits n'ont pas enregistré une grande croissance qui les ferait contribuer de manière plus active et plus concrète au développement économique. Jusqu'en septembre 2003, seulement 650.000 micro-crédits ont été accordés, un faible chiffre en comparaison avec ceux enregistrés dans plusieurs pays en développement et dont la situation est presque identique à celle du Maroc.

En Amérique Latine et en Asie, les micro-crédits ont connu un grand essor permettant à une large part de la population de mieux s'insérer dans le processus du développement économique et de réaliser des projets qui les font vivre de manière plus digne et plus décente. Pour que les micro-crédits puissent réussir dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, il est nécessaire de les généraliser, de renforcer leurs ressources et de diminuer leurs taux d'intérêts en prenant en considération les spécificités de la société marocaine. Plusieurs associations travaillent dans ce domaine et ont pu avoir de bons résultats mais qui restent encore en deçà des attentes.

Ces associations ne couvrent pas toutes les régions du Maroc, notamment les zones rurales et les axes urbains marginalisés et les taux d'intérêt qu'elles pratiquent sont encore élevés par rapport à ce qui se fait dans d'autres pays dont la situation économique est similaire à celle du Maroc. Il est nécessaire donc que l'Etat vienne en aide à ces associations pour que ces buts soient atteints et c'est ce qui aura un impact positif sur l'ensemble de l'économie marocaine. Les micro-crédits étant destinés en général aux personnes défavorisées, leur généralisation et la baisse de leurs taux d'intérêt serviraient d'outil efficace pour lutter contre la pauvreté et on pourrait même les considérer comme une forme de solidarité socio-économique qu'il faut mettre en valeur. L'amendement de la loi 18-97 est un acquis qu'il ne faut pas négliger mais les textes ne sont pas suffisants à eux seuls pour réaliser les objectifs escomptés et il faudrait penser à créer une sorte de fonds pour financer ces crédits qui ne dépassent pas généralement les 50.000 DH.

Les succès ne peut être réalisé qu'en mettant en Œuvre les outils nécessaires pour rendre l'action des associations, s'intéressant aux micro-crédits, plus efficace et plus pragmatique et avoir ainsi plus d'impact dans la lutte contre la pauvreté. Il va falloir au moins doubler ou tripler le nombre des micro-crédits accordés pour qu'ils aient les effets désirés, à savoir permettre à une large part de la population, plus ou moins déshéritée, de vivre de manière décente en exploitant leurs propres potentialités et par conséquent faire insérer le maximum de la population dans le processus de développement.


Mohamed AOUZAL