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03/06/2004

Taounate : Comment une ferme devient un véritable hôpital de campagne

«Fleur de vie» continuera-t-elle l’aventure avec sa consoeur «Goutte d’eau» après la mort de son fondateur Sidi Mohamed El Bakkali? Voici la question qui hantait les esprits des populations à Taounate depuis que leur député a disparu, il y a quelques mois, dans un accident tragique alors qu’il se trouvait à Londres pour un voyage d’affaires. L’homme, réputé pour sa générosité, avait créé cette association spécialement pour accueillir les bénévoles de l’ONG française «Goutte d’eau».

Cette dernière est présente au Maroc, depuis août 2000, via les missions sanitaires qu’elle pilote au profit des plus démunis dans la province de Taounate, au rythme de deux actions par an. Constituée de médecins, de chefs de village et d’industriels locaux, «Fleur de vie» assurait la logistique nécessaire au bon déroulement de ces missions. L’association s’occupait ainsi de la réception des médicaments, de l’organisation matérielle, de l’hébergement, du transport, et la gestion du quotidien pour les participants aux opérations humanitaires de «Goutte d’eau». Grâce à cette alliance franco-marocaine, ce sont des milliers de marginalisés du monde rural qui ont pu accéder gratuitement aux soins et médicaments offerts dans le cadre d’une série de caravanes médicales dans la région de Taounate.

Que les bénéficiaires de ces actions se rassurent. La famille El Bakkali ne compte pas les laisser tomber. C’est du moins ce que laissent entendre les fils et l’épouse du défunt en parrainant, récemment, la huitième mission de «Goutte d’eau» dans la province, la première en l’absence de Sidi Mohamed El Bakkali. Pour cette famille, la meilleure façon de rendre hommage au défunt, c’est en perpétuant son oeuvre. Du coup, c’est son fils aîné, Moulay Driss El Bakkali, qui assure désormais sa succession à la tête de «Fleur de vie». «Au total, 52 personnes ont participé à cette opération», précise Anass El Kaâbe, président de «Goutte d’eau». Et d’ajouter que «si la participation a été limitée auparavant aux médecins et bénévoles français, elle a été élargie cette fois aux volontaires marocains, et notamment aux jeunes médecins internes du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Fès». D’après El Kaâbe, l’implication des compétences locales dans ce genre d’actions est de nature à assurer un suivi de l’opération pendant toute l’année.

Comme à l’accoutumée, les bénévoles ont été répartis en quatre équipes de travail, dont deux médicales, une chirurgicale et une de prévention. Mobile. La première équipe médicale assure le travail dans les dispensaires ruraux en collaboration avec les médecins et les infirmiers locaux. Les trois zones d’intervention de ce groupe étaient notamment celles d’Oudka, Bouchabel et Jbabra. La seconde équipe médicale, quant à elle, a été installée, durant toute la période de la mission, dans la localité de Btaïmia. Le fameux bâtiment blanc, relevant de la ferme de la famille El Bakkali, a été encore une fois aménagé à l’occasion pour accueillir les membres de la mission. Immense et spacieuse, cette bâtisse a été divisée en boxes de toile de plastique pour accueillir les différentes spécialités médicales et soins infirmiers. Transformé en un véritable hôpital de campagne, le bâtiment servait également de quartier général pour la mission. A la fin de chaque journée, toutes les équipes, à part celle de chirurgie, qui avait élu domicile à la ville de Taounate, s’y rendaient pour une séance d’évaluation. C’était aussi l’occasion de se retrouver et d’échanger les expériences et les anecdotes de la journée. Outre les hernies, les cas de goitre ont été les plus fréquemment constatés chez la population rurale de Taounate et surtout celle d’Oudka. D’après le délégué provincial de la santé à Taounate, Youssef N’hasse, «l’existence d’autant de cas de goitre dans la province peut être expliquée notamment par le manque d’iode dans la nourriture des populations locales et par la tendance de celles-ci à consommer du sel non iodé».

Pour arriver aux sites d’Oudka, Bouchabel, Jbabra et Btaïmia, les habitants de Taounate n’ont ménagé aucun effort. Mêmes ceux qui habitent les douars les plus éloignés et inaccessibles n’ont pas manqué au rendez-vous. Ils n’ont été découragés ni par la distance ni par les difficiles chemins à emprunter. A pied, à dos d’âne ou de mulet, ou encore à bord de véhicules collectifs, tous les moyens sont bons pour arriver à destination.

Dans le bloc chirurgical de l’hôpital provincial de Taounate, c’est la même ambiance. Ici, les cas à opérer étaient recensés avant l’arrivée de l’équipe de «Goutte d’eau». N’empêche que d’autres malades nécessitant une intervention d’urgence ont été pris en charge. Soulignons que c’est à l’association «Goutte d’eau» que revient le mérite de la mise sur pied, il y a deux ans, du bloc opératoire de l’hôpital de Taounate. Même s’il est bien équipé, ce bloc a dû attendre deux ans après son inauguration pour qu’il devienne opérationnel, et ce faute de chirurgiens.

A noter que le nombre des patients traités lors de cette mission a atteint quelque 8.000 personnes. Les interventions chirurgicales, quant à elles, se chiffrent à 75 opérations, dont 16 qualifiées de délicates (des cas de cancers de sein par exemple).

L’autre équipe présente lors de cette action humanitaire (celle de prévention) s’est activée surtout à améliorer l’état sanitaire et les conditions de vie dans la région. Plusieurs actions ont été entamées dans ce sens. Figure parmi celles-ci l’opération de ramassage des déchets dans le souk de Jbabra qui a très bien marqué les visiteurs comme les marchands ce jour-là. «L’objectif de cette action à laquelle nous avons associé des jeunes étudiants de l’école de Jbabra est de sensibiliser la population quant aux enjeux de l’hygiène et la protection de l’environnement», explique Françoise Chasles, ingénieur sanitaire. Par ailleurs, l’aménagement des points de l’eau fait également partie du programme d’action de l’équipe prévention. Selon Chasles, ces chantiers sont de nature à prémunir contre les dangers des pollutions externes tout en assurant un usage économique de l’eau. Des prélèvements ont déjà été effectués pour pouvoir sélectionner les puits ou les sources nécessitant une intervention du genre.

Mais le projet de réhabilitation de l’école rurale d’Ouled El Kaâb reste sans doute le plus important, vu le nombre des partenaires qui ont manifesté leur intérêt à adhérer au chantier (les autorités locales, la commune rurale de Jbabra, la fondation pour le développement local et le partenariat (Fondep), l’agence de développement social…). Frappé par l’état délabré de cette école lors de la mission précédente, Dr Roland Muselles a su mobiliser à son retour en France un groupe de jeunes pour participer aux travaux de rénovation de l’école. Ces travaux sont prévus au mois de juillet prochain. C’est dans le cadre d’un partenariat avec l’association française ASAJ (Association sport activité jeunesse), dont il est le président.

   
Amal TAZI